2026 : reconstruire un front social et politique de rupture

Guerres impérialistes, crise écologique globale, impasse politique en France : la période est marquée par une accélération des logiques de domination et par l’affaiblissement des alternatives progressistes. Face à ce constat, la Gauche écosocialiste appelle à la reconstruction d’un front social et politique de rupture, capable de répondre aux urgences démocratiques, sociales et écologiques.

A. A l’international, une marche à la guerre des tyrans impérialistes.

La rentrée politique internationale est marquée par le retour assumé de la politique de la canonnière. L’intervention des États-Unis au Vénézuéla, les bombardements et l’enlèvement du président Nicolás Maduro constituent une violation flagrante du droit international. Elle illustre une situation dans laquelle les grandes puissances foulent ouvertement aux pieds les principes qu’elles prétendaient défendre : souveraineté des États, intangibilité des frontières et droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ces interventions impérialistes s’inscrivent avant tout dans la lutte pour le contrôle des ressources stratégiques, au premier rang desquelles le pétrole, révélant la centralité des intérêts économiques et énergétiques dans les conflits contemporains.

Cette logique de force traverse aujourd’hui l’ensemble des rapports internationaux. L’offensive militaire israélienne de colonisation et d’éradication menée contre le peuple palestinien se poursuit dans une impunité totale. La tentative de conquête de l’Ukraine par l’armée russe s’inscrit dans la même logique impérialiste. Parallèlement, la volonté de la Chine de dépasser les États-Unis, y compris sur le terrain militaire, confirme le retour de la guerre comme mode de régulation des conflits inter-impérialistes, sur fond de concurrence accrue pour l’accès aux ressources et aux marchés.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron ne se contente pas du silence : il s’aligne. Chantre du droit international lorsqu’il s’agit de l’Ukraine, il en accepte la violation dès lors qu’elle émane des États-Unis ou de leurs alliés, s’inscrivant dans une logique de soumission politique à Donald Trump et à l’impérialisme américain. Le minimum aurait été de rappeler le droit international de non-agression d’un pays et de demander une réunion immédiate du conseil de sécurité de l’ONU afin de montrer (au moins symboliquement) à quel point les USA de Trump avancent toujours plus dans la marche à la guerre.

L’horizon s’assombrit encore davantage sous l’effet de la crise écologique globale, qui se manifeste dans tous les domaines — climat, pollution, effondrement de la biodiversité — tandis que la course aux hydrocarbures et aux terres rares, moteur des affrontements impérialistes, entre en contradiction frontale avec les impératifs de la bifurcation écologique et la nécessité de rompre avec un modèle productiviste qui menace les conditions mêmes de la vie sur Terre.

B En France, une crise politique majeure qui n’en finit plus.

La situation française reste marquée aussi par la crise institutionnelle engendrée par l’agonie du macronisme. La bataille parlementaire autour du budget de l’État et du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) illustre les projets de casse sociale et écologique défendue par le gouvernement Lecornu. La lutte contre la concentration des richesses, la défense des services publics, la remise en cause des cadeaux faits aux entreprises depuis des années, la montée des inégalités, les reculs sur la nécessaire bifurcation écologique sont au cœur des affrontements parlementaires et politiques de ces dernières semaines. En même temps, la mobilisation des agriculteurs contre le Mercosur et en particulier celles de la Confédération Paysanne montrent l’impasse du modèle libéral-productiviste dominant. La répression contre les syndicalistes et les militant.es écologistes bat son plein. La désindustrialisation se poursuit comme l’illustre le refus de la transformation de l’entreprise Brandt en coopérative reprise par les salariè.es.

A ce stade, le gouvernement réussit à faire passer ses projets grâce à la non-censure, aux votes du groupe PS. Tétanisés par le risque de retour aux urnes, les socialistes prônent désormais une logique de compromis avec le macronisme au risque de revenir au social-libéralisme de la période Hollande. Les discussions sur le budget, prévues en janvier, montreront jusqu’où iront les négociations entre le gouvernement et le Parti Socialiste.

Une telle attitude, d’apprenti sorcier, ne peut à terme servir qu’au RN.

Celui-ci, par ses votes démontre sa vraie nature. Loin d’être le défenseur des classes populaires, il s’oppose à toutes les mesures de justice sociale et fiscale. En même temps, il se rapproche du grand patronat et accentue son cours libéral en faveur des riches. Hélas, malgré cette orientation il continue d’avoir le soutien d’une part non négligeable de l’opinion. La perspective d’arrivée au pouvoir et d’un accord à terme avec tout ou partie de la droite traditionnelle n’est plus une fiction en particulier en cas de victoire à la prochaine présidentielle. Face à ces menaces la gauche et les écologistes sont loin d’être à la hauteur.

Le recentrage du PS, manifeste depuis son dernier congrès, n’est pas sans conséquence. Il exclut désormais toute alliance avec la FI, rompant ainsi la perspective d’une renaissance du NFP. Notons toutefois que le PS ne parvient pas à entraîner toustes les députés de gauche. Ceux de LFI, de L’Après, d’une partie des écologistes et des communistes restent fidèles au programme du NFP.

Mais de son côté, LFI privilégie l’échéance présidentielle et sa propre candidature refusant de tendre vraiment la main à ses potentiels partenaires. Souvent LFI donne l’impression de ne pas prendre la mesure du danger du RN ou de se présenter comme seule alternative. Le projet « NFP 2027 » qui tentait de maintenir le cap du rassemblement de la gauche et des écologistes pour les prochaines échéances se trouve ainsi fortement fragilisé.

Dans ce paysage de division, il faut saluer la convergence de la gauche dans la condamnation de l’agression US contre le Vénézuela.

A l’inverse, les municipales n’apportent guère de clarification. Les enjeux internes à la gauche, les concurrences locales dominent et amènent à la multiplication des listes dans la plupart des villes. Certes, il est traditionnel que les partis ne se regroupent qu’au deuxième tour, voire se contentent de « fusion technique » faute d’accord de majorité. Il est aussi légitime qu’une force politique souhaite utiliser cette échéance pour apparaître de manière autonome.

Pour autant, cette volonté d’affirmation politique ne doit pas contribuer à renforcer la division à gauche comme par exemple quand le PS se présente face à des Mairies écologistes sortantes ou quand LFI pratique une campagne uniquement dégagiste, en se coupant d’une partie de l’électorat de gauche ou encore refuse des listes d’union citoyenne. De même le refus de fusion technique au second tour affiché aujourd’hui par le PS dans de nombreuses villes prend le risque de faire gagner la droite.

La séquence actuelle est dominée à gauche par l’impuissance et les calculs partisans. Les militant.es de la GES, qui luttent pour la constitution d’un front social et politique progressiste appuyé sur un programme de rupture avec le libéralisme, ne peuvent se satisfaire de cette situation. Partout où elle est présente, dans le cadre de LFI, de l’Après ou en lien avec de multiples collectifs citoyens, la GES maintiendra les liens sans exclusive avec tous ceux et toutes celles qui ont vocation à travailler à une alternative de gauche au macronisme et à l’extrême-droite, qu’il s’agisse de la nécessaire union dans les mobilisations ou dans les élections. Sans qu’il soit possible d’en identifier dans l’avenir les formes précises, nous soutiendrons toutes les initiatives allant dans ce sens.

Le 6 janvier 2025.

Secrétariat provisoire de la GES

La newsletter de la Gauche Écosocialiste 31

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