Déclaration unitaire du 31
Les récents affrontements survenus à Lyon, marqués par la mort d’un militant néofasciste – faits sur lesquels la justice poursuit son travail –, ont donné lieu à une offensive médiatico-politique d’ampleur. Une campagne visant à criminaliser l’antifascisme s’est déployée, dans un climat d’inversion des valeurs particulièrement préoccupant.
Alors que les violences d’extrême droite se multiplient depuis des années, le débat public s’est déplacé : les antifascistes sont désignés comme menace, tandis que l’extrême droite poursuit sa banalisation. Certaines forces politiques sont exclues de « l’arc républicain », pendant que le Rassemblement national est progressivement installé comme interlocuteur légitime du débat institutionnel. Cette séquence marque une nouvelle étape dans la normalisation des idées réactionnaires et xénophobes.
La réalité est pourtant documentée : ces dernières années, les violences d’ultradroite ont provoqué des drames. Des organisations comme l’Action française, héritière des courants antidreyfusards et antisémites de la fin du XIXe siècle, continuent de diffuser des discours nationalistes et xénophobes. Pourtant, ces violences sont trop souvent minimisées, relativisées ou invisibilisées. À l’inverse, les mobilisations sociales, syndicales et antifascistes sont assimilées à des menaces pour l’ordre public.
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte plus large : celui d’un durcissement autoritaire du pouvoir et d’un usage répété du passage en force institutionnel. Depuis plusieurs années, notamment avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir et depuis sous la présidence d’Emmanuel Macron, les régressions sociales s’accélèrent et s’accompagnent d’un encadrement accru des mobilisations, de leur répression, d’une restriction des libertés publiques, d’une montée incessante de la répression syndicale et d’un affaiblissement des contre-pouvoirs. Syndicats, associations et organisations de la société civile constatent chaque jour la réduction de l’espace du débat démocratique.
Dans le même temps, les grands médias amplifient des récits anxiogènes et sécuritaires, nourrissant les peurs identitaires et légitimant des discours racistes ou xénophobes.
Nous assistons à une dynamique inquiétante : la critique sociale est délégitimée, l’antifascisme est suspecté, et les revendications d’égalité sont présentées comme sources de désordre, renversement idéologique qui participe d’un climat où l’autoritarisme se combine à la poursuite des politiques néolibérales.
L’argument de la « sécurité » et de « l’ordre » sert à justifier des restrictions croissantes des libertés fondamentales : droit de manifester, de s’organiser, de contester, de se syndiquer. Or ces droits constituent le socle même de toute démocratie réelle.
Criminaliser l’antifascisme revient à criminaliser l’auto-défense démocratique face à des idéologies qui n’ont jamais caché leur hostilité aux droits sociaux, à l’égalité et au pluralisme.
Face à cette situation, la division serait une faute majeure. Au-delà de nos différences et de nos divergences, les forces syndicales, associatives, politiques et citoyennes doivent se rassembler. Il s’agit d’échanger et d’approfondir collectivement nos analyses, de mutualiser nos moyens d’information et de protection (juridique, numérique, organisationnelle), de défendre ensemble les libertés publiques et syndicales, de refuser la banalisation de l’extrême droite.
L’antifascisme est une exigence démocratique. Défendre l’antifascisme, c’est défendre nos droits sociaux, nos libertés, nos vies. C’est refuser que la peur et la haine structurent le débat public.
Premiers signataires : LDH, SOS racisme, la Cimade, CGT, FSU, Solidaires, le SAF, l’assemblée des quartiers, la libre pensée, LFI 31, NPA 31, la GES 31, les écologistes 31, RP, l’Après 31, UCL Toulouse et alentours, PCOF 31, PG 31





