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Une ignoble indécence

Contribution sur le site national de la Gauche Ecosocialiste

L’abominable meurtre de la jeune Lola, aux proches de laquelle nous apportons toute notre solidarité, a déclenché une immonde campagne de récupération politique à l’initiative de l’extrême droite et des franges les plus droitières des « Républicains ». On y retrouve, dans une communication parfaitement construite, l’ensemble des théories répressives, complotistes et racistes développées depuis de nombreuses années.

L’annonce de l’arrestation, quelques heures à peine après les faits, d’une jeune femme manifestement déséquilibrée et d’origine étrangère a été le prétexte d’un déferlement inouï de haine anti-immigrés, d’appels à une justice expéditive et au rétablissement de la peine de mort. Le tout accompagnant des critiques sans cesse renouvelées contre une politique sécuritaire supposée « laxiste » des gouvernements qui se sont succédé ces dernières décennies.

Plusieurs forces étaient à la manœuvre dans le lancement de cette campagne dont l’indécence a même perturbé certains politiques et commentateurs jusque là plutôt silencieux, voire complaisants, avec les obsessions sécuritaires de la droite extrême.

Dès mercredi, on a pu voir les parlementaires LR, tant Eric Pauget à l’Assemblée Nationale que Bruno Retailleau au Sénat, entonner les mêmes refrains xénophobes que Jordan Bardella et Eric Zemmour. C’était à qui irait le plus loin dans l’ignominie, à qui déverserait le plus de mensonges et d’invraisemblances, pour profiter de cet horrible fait divers.

Jusque-là, rien de nouveau, quand on se souvient des campagnes ouvertement racistes qui ont rythmé les campagnes présidentielles de 2002 et 2007, par exemple. Mais c’est dans la rue que les organisations d’extrême-droite ont voulu mobiliser et tenter de rassembler sur les thèmes mis en avant par une structure proche d’Éric Zemmour : l’Institut Pour la Justice (IPJ). Cette Institut se présente comme une association « indépendante », de défense des victimes, un think tank produisant des notes et des études sur la justice et la criminalité. L’IPJ s’inscrit dans la longue tradition des cercles et associations mises en place par la droite et l’extrême-droite pour intervenir sur ces terrains, mobiliser et jouer un rôle de lobby, depuis la fin des années 1970. La plus ancienne de ces structures, et la plus connue, a été l’association « Légitime Défense » fondée en 1978. Son président était Francis Romerio, ancien premier président de la Cour de Sûreté de l’Etat et l’un des vice-président Claude Aupeix,1 dirigeant d’un syndicat de policiers fascisant, la Fédération professionnelle indépendante de la police, dont plusieurs membres avaient été impliqués dans des actions violentes de groupuscules néo-nazis. Légitime Défense prônait la peine de mort, son rétablissement après 1981, et le droit à la légitime défense armée. L’Association s’illustre dans la défense de petits commerçants victimes de cambriolages et ayant blessé ou tué leurs agresseurs, ou de policiers ayant fait usage de leurs armes dans des conditions illégales. Chacune de ces affaires devient, dans les années 80, l’occasion d’une campagne pour le Front National. Elle disparaît au début des années 2000, avec le décès de son fondateur.

L’IPJ, créé en 2007, est dirigé par Pierre-Marie Sève. Il milite depuis sa création pour des mesures toujours plus répressives et tente de jouer le rôle de lobby pour durcir tous les projets de lois concernant la justice, la prison, l’échelle ou l’application des peines. A l’occasion de la campagne présidentielle, l’IPJ publie un catalogue de 30 mesures dont 13 seront intégralement reprises par le candidat Zemmour, parmi lesquelles l’expulsion des délinquants étrangers, ou la suppression des aides sociales pour les parents de délinquants. Bien que se déclarant « apolitique » l’IPJ a multiplié les contacts avec les représentants les plus conservateurs de la droite, comme le député UMP Jean-Paul Garraud, passé depuis au RN ou avec les équipes d’Eric Zemmour.

C’est donc « naturellement » que l’IPJ se charge d’organiser, le jeudi 20, une manifestation dénonçant le laxisme du gouvernement et exigeant la « justice pour Lola », à laquelle, dans un premier temps, vont se rallier toute la droite des LR, Eric Ciotti en tête, le RN, Reconquête et toute la galaxie des groupuscules identitaires et fascisants. C’est le moment choisi par Eric Zemmour, opportunément invité sur de nombreux plateaux, pour relancer son nouveau concept de « francocide ». Il s’agit de démontrer que dans le cadre du « Grand Remplacement » il existe un plan visant à assassiner des « français de souche » et que le meurtre de Lola s’inscrit dans cette conspiration. Devant ce délire complotiste, on se croirait presque devant un nouveau Protocole des Sages de Sion !

Soucieux de préserver son image, l’IPJ insiste alors sur le fait que cette manifestation sera apolitique et qu’aucun slogan n’y sera toléré, on verra plus loin ce qu’il en a été. Devant l’indignation qui commence à s’exprimer dans certains médias et par la voix d’élus de gauche et de Renaissance, LR d’abord, puis le RN se désolidarisent de cette manifestation, à laquelle, originellement, Jordan Bardella avait appelé. Fidèle à sa stratégie de notabilisation du RN, Marine Le Pen a voulu maintenir un cordon sanitaire autour de Zemmour et, surtout, ne pas s’afficher avec la frange la plus radicale de l’extrême-droite. Finalement la manifestation du jeudi 20 se tiendra devant quelques centaines de personnes, dont Eric Zemmour, entourés des principales figures de Reconquête. Très vite le côté « apolitique » vole en éclats sous les slogans racistes scandés par les membres des groupes identitaires, ex-Zouaves Paris, de Civitas, et d’Action Française.

La manifestation de Paris sert alors de tremplin à plusieurs actions de cette frange : manifestations ou rassemblements rapides de quelques dizaines ou centaines de personnes à Lyon, Rennes et dans d’autres villes, tags racistes sur la mosquée de Pessac, collages d’affiches racistes dans plusieurs villes, action symbolique de projection d’un slogan sur la façade des locaux de la France Insoumise à Paris.

Le bilan de cette séquence est simple :

  • Eric Zemmour et les cadres de Reconquête, issus des courants identitaires, Samuel Laffont et Damien Rieu tentent de profiter de l’émotion causée par la mort de Lola pour relancer, en particulier par une très agressive campagne sur les réseaux sociaux, leur mouvement en difficulté depuis les élections.
  • Le concept de « francocide » permet de faire un lien, en termes de propagande entre les thèmes racistes et xénophobes d’une part et les agitations sécuritaires.
  • Le slogan « Immigrés Assassins » en est un parfait exemple. Apparaissant sur la banderole de tête de la manifestation de Lyon, il devient le fédérateur des franges les plus radicales.

Alors que la famille et les proches de Lola avaient déclaré, par l’entremise de leurs avocats, s’opposer à toute récupération politique du drame qui les frappe, ils ont été malheureusement confrontés à une ignoble indécence.

Camille Boulègue

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